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Par : Laetita Grotti en Juillet 2012


L'esprit d'entreprise ou d'entreprendre?

Qui sont les chefs d’entreprise au Maroc? Quelles sont les motivations à l’origine de leur passage à l’acte ? Quelles sont les principales caractéristiques des sociétés créées ? Quelles difficultés rencontrent ces chefs d’entreprise dans leur démarche ? A l’inverse, sont-ils soutenus, conseillés, orientés au cours des différentes phases du processus de création ? Autant de questions auxquelles l’étude menée par le cabinet For Conseil, mandaté par le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), tente d’apporter des éléments de réponse1 et ce en vue d’élaborer une stratégie permettant un développement significatif de l’entrepreneuriat au Maroc.

Un premier constat tout d’abord : avec 57 091 entreprises créées en 2007, le Maroc a enregistré une augmentation de 20% du nombre de créations d’entreprises entre 2003 et 2007. Notons à cet égard que les «sociétés personnes morales» ont connu une évolution de 134% contre une régression de 14% de la forme juridique «personne physique». Si les promoteurs de l’étude relèvent l’impact évident qu’ont les mesures incitatives sur le potentiel entrepreneurial d’un pays et, partant, l’impact qu’ont eu les initiatives d’accompagnement auprès des créateurs au Maroc, ils n’en soulignent pas moins que l’offre actuelle des intervenants en pré-création, création et post-création ne touche guère plus de 15% des 57 000 entreprises créées (le Maroc compte une quinzaine d’organismes publics, privés et associatifs de soutien). Un beau chantier en perspective !

L’entreprise : une affaire d’hommes «opportunistes»

Sans grande surprise, la création d’entreprise reste un acte essentiellement masculin (78,5% contre 21,5% des femmes) accompli à un âge relativement mature, puisque l’âge moyen est de 34 ans (63% des créateurs sont situés dans la tranche d’âge 25-35 ans. Si on allonge la tranche de 25 à 45 ans, le pourcentage augmente de manière considérable à 82%). Ce qui nous renseigne sur le degré de difficulté de la tâche d’entreprendre.

Plus intéressantes sont les principales motivations citées par les chefs d’entreprise pour expliquer leur passage à l’acte. Ainsi, ils sont 75% à déclarer «saisir une opportunité», 70% à être en quête d’une autonomie. Enfin, pour 65% des entrepreneurs, le processus de création est le résultat d’une longue expérience. A titre de comparaison, les promoteurs de l’étude se sont intéressés aux motivations invoquées par les chefs d’entreprise français. Apparaissent en tête le souhait d’indépendance, le goût d’entreprendre ou le désir d’affronter de nouveaux défis, l’envie d’augmenter son revenu ou encore la volonté de sortir du chômage et assurer son emploi. Il est par ailleurs notable que 13% des créateurs touchés par l’enquête ont déjà fait des tentatives de création d’entreprise par le passé et que 75% d’entre eux ont gardé la même activité.

De la très petite entreprise à la petite entreprise

Mais ce sont les caractéristiques des entreprises créées qui nous renseignent le plus sur le tissu économique marocain. D’évidence, la réforme des statuts de la SARL - en particulier l’abaissement du capital social minimal de 100 000 à 10 000 dirhams - a joué un rôle appréciable dans la création d’entreprises, puisque 85% choisissent cette forme juridique. Reste que le détail nous permet d’affiner cette donnée : 58% le sont en «associé unique» et 37% sont formées par deux associés. Par ailleurs, la grosse majorité de ces entreprises (60%) ont un capital de démarrage de 10 000 dirhams - elles ne sont que 2,6% à dépasser les 500 000 dirhams. Il ressort ainsi clairement de ce qui précède que les entreprises nouvellement créées sont des très petites entreprises (TPE) et des petites entreprises.

Ce qui explique sans doute que 32% des chefs d’entreprise, - soit un sur trois ! - ne réalisent aucun investissement. Ils sont un peu moins de la moitié (45%) à investir jusqu’à 300 000 dirhams dans leur nouvelle activité. De ces données découle sans surprise un nombre d’emplois créés relativement faible, puisque 34% de ces nouvelles entreprises comptent moins de deux salariés, quand elles ont la même proportion à salarier entre 2 et 4 personnes.

Ma petite entreprise… connaît la crise

Plus problématique est le fait qu’il faille 6 mois à 43% des entreprises pour démarrer leur activité une fois les formalités de création dûment enregistrées et près d’un an à 25% d’entre elles. De quoi décourager les plus motivé(e)s ! Ce ne sont d’ailleurs pas les obstacles qui manquent, tout au long du processus de création d’une entreprise et de son développement. Sans surprise, l’accès au financement et aux crédits bancaires caractérisés par la lenteur et la complexité des procédures apparaît en tête de peloton. Corollaire direct : l’insuffisance d’autorité ou de pouvoir d’influence sur les organismes de financement lorsqu’il s’agit de débloquer des difficultés liées au financement. Sans grande surprise non plus la délivrance des autorisations apparaît d’autant plus problématique que l’activité nécessite une autorisation au niveau de l’administration centrale. A ces obstacles exogènes s’ajoutent des freins endogènes. Ainsi en est-il de l’inadéquation du profil des créateurs aux exigences du marché : manque d’ouverture d’esprit, aspects culturels, qualité relationnelle, communication, aptitudes au succès et manque de persévérance sont pointés du doigt. Mais comment passer sous silence le manque de créativité et d’innovation relevé par l’étude, la plupart des entreprises se contentant «d’imiter» des projets existants. Ce qui pour certains s’explique par un problème de formation aux sciences de l’entreprise, au management, à l’organisation, à la prospection de marché, à l’étude de faisabilité, à la stratégie…Mais aussi par l’insuffisance des structures d’accueil et de soutien pour les créateurs d’entreprises ainsi que par une durée d’accompagnement jugée elle aussi insuffisante… quand elle existe !

Des besoins, encore et toujours

Formation, information, accompagnement : tel semble être le triptyque hors duquel point de salut pour l’entrepreneuriat au Maroc. En matière de formation, les créateurs plébiscitent largement tous les aspects relatifs à la création, comme la conception du business plan, la bonne gestion de l’entreprise, la vente, le marketing, le développement de leur propre expertise, mais aussi les formations en développement personnel, en communication et langues, ainsi que dans les désormais fameuses NTIC.

Les demandes d’informations sont plus orientées vers les données de base comme les informations sectorielles, les études et analyses thématiques et sectorielles, les tendances du marché, ainsi que les mécanismes de financement et de soutien existants.

Mais c’est bien évidemment en termes d’accompagnement que les demandes sont les plus patentes, en particulier au cours de séances individuelles. Pour ce faire, les créateurs insistent au niveau de la phase de «pré-création» sur la nécessaire multiplication des guichets et leur professionnalisation et, partant, sur le renforcement des moyens humains et matériels au niveau des organismes de soutien. Mais ils demandent également à ce que soient mieux protégées leurs idées et que la confidentialité des projets soit respectée.

Pour la phase relative à la création proprement dite, le besoin d’allègement des procédures et des formalités, notamment pour les PME et les TPE, arrive largement en tête. Ainsi en est-il de leur souhait de voir «le guichet unique pour la création d’entreprise» présent sur tout le territoire national. De même qu’ils réclament la réduction des délais nécessaires à la création.

Enfin, les besoins identifiés pour la phase post-création relèvent plus de l’accompagnement pour l’accès au financement, la mise en réseau, le développement de leurs aptitudes managériales, ainsi que celles de leurs collaborateurs. Ils demandent également plus d’implication de la part de l’Etat pour résoudre les problèmes de locaux commerciaux et industriels dont la rareté et la cherté entravent tous les efforts de promotion et de développement des PME et des TPE.

La phase de financement, isolée du reste, se caractérise par un besoin d’assainissement et d’allègement des procédures bancaires pour l’octroi de crédits. Mais nos entrepreneurs souhaitent également que soit mieux coordonnée l’action des organismes de soutien et ceux de financement, qu’il y ait une véritable diversification des produits bancaires adaptés aux différents besoins des créateurs, voire que soient développées d’autres alternatives de financement. De quoi alimenter moult débats et force réflexion ! Autant dire que la CJD et les autres acteurs de l’entreprenariat marocain ont du pain sur la planche.

 

Par Laetita Grotti

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